(Guinée française)
République de Guinée
Capitale: Conakry
Population: 7,9 millions
Langue officielle: français (de jure)
Groupe majoritaire: aucun
Groupes minoritaires: une trentaine de langues dont le peul ou poular (32 %), le maninka (23 %), le soussou (10 %), le guerzé (3,8 %), le kissi (3,5 %), le toma (1,8 %), le dialonké (1,8 %), etc.
Langue coloniale: français
Système politique: république populaire pluraliste
Articles constitutionnels (langue): art. 1 de la Constitution de 1990
Lois linguistiques: sans objet
1 Situation géographique
L'Afrique compte trois Guinées, avec chacune une langue officielle différente: français, portugais et espagnol. On distingue en effet :
1) la Guinée (245 857 km²) proprement dite appelée aussi Guinée-Conakry (francophone);
2) la Guinée-Bissau (36 125 km²) dite «Guinée portugaise» (lusophone);
3) la Guinée équatoriale (28 051 km² ) ou «Guinée espagnole» (hispanophone) ou «Guinée espagnole» (hispanophone).
La langue officielle de chacun de ces pays résulte de l'histoire de la colonisation européenne (France, Portugal et Espagne).
La Guinée-Conakry, appelée officiellement république de Guinée, est un pays d'Afrique de l'Ouest borné par l'océan Atlantique, limité au nord-ouest par la Guinée-Bissau (lusophone), au nord par le Sénégal (francophone), à l'est par le Mali (francophone), au sud-est par la Côte d'Ivoire (francophone) et au sud par le Liberia (anglophone) et la Sierra Leone (anglophone).
C'est un pays de 245 857 km², soit l'équivalant de 50 % approximativement de la surface de la France. La Guinée-Conakry comprend également les îles de Los au large de Conakry, la capitale. Plus de 1,5 million de Guinéens habitent Conakry qui est aussi une importante ville portuaire.
La Guinée-Conakry est divisée en quatre grandes régions (voir la carte détaillée): d'est en ouest, on trouve la Guinée maritime ou Basse-Guinée (en bordure de l'Atlantique), la Moyenne-Guinée ou le Fouta-Djalon (au sud du Sénégal: de hauts plateaux aux nombreux cours d'eau désignés comme le «château d'eau» de l'Afrique), la Haute-Guinée (une immense savane formant une zone de transition avec le Mali) et la Guinée forestière (région de montagnes couvertes de forêts à l'extrémité sud-est, près du Liberia).
2 Données démolinguistiques
Les quelque huit millions de Guinéens sont répartis en près d'une trentaine d'ethnies parlant chacune leur langue. Étant donné que le dernier recensement officiel basé sur les groupes ethniques remonte à 1955, soit avant l'indépendance (1958), il est malaisé de s'appuyer sur ces statistiques. Sur les bases de ces données, on pourrait affirmer que les Peuls (ou Poulars) constituaient le groupe ethnique numériquement le plus important (40 % en 1955), suivis des Maninkas (connus sous le nom de Malinkés: 35 % en 1955), des Soussos (15 % en 1955), puis des Guerzés, des Kissiens, des Tomas, des Landoumas, des Bagas, etc.
En Guinée-Conakry, l'appartenance à une ethnie se révèle d'autant plus complexe qu'il existe de nombreux «regroupements» (mixages) dont il faut tenir compte. En effet, on distingue les «assimilés» (par exemple les Bagas et les Landoumans par rapport aux Soussous), les «apparentés» (par exemple les Toucouleurs et les Peuls) et les sous-groupes (par exemple les Kourankos, les Leles, etc., par rapport aux Malinkés). On en arrive alors à des proportions différentes. Formant de 30 % à 35 % de la population, les Malinkés (Maninkas) et les «assimilés» constitueraient le groupe le plus important; ils seraient suivis de près par les Peuls et les Toucouleurs avec 30 %; viendraient ensuite les Soussous et «assimilés», puis les «forestiers» (ceux qui vivent dans la Guinée forestière), avec 18 %. Quant aux autres petites ethnies, elles ne représenteraient que 2 % à 3 % de la population. Quoi qu'il en soit, Peuls, Malinkés et Soussous constituent à eux seuls les trois quarts de la population.
Les trois principaux groupes ethniques se répartissent dans les quatre grandes régions géographiques de la Guinée. La Guinée maritime abrite près de 75 % des Soussos, mais on y trouve aussi presque toutes grandes les ethnies du pays, en raison de la présence de la capitale, Conakry, qui attire les Guinéens. Dans la région du Fouta-Djallon ou Moyenne Guinée, on trouve 80 % des Peuls et 14 % des Malinkés; ces derniers sont plus nombreux en Haute Guinée (45 % d'entre eux). Quant à la Guinée forestière, elle abrite surtout des Malinkés (35 % d'entre eux), mais aussi des petites ethnies telles que les Kissiens, les Tomas, les Guerzés, etc.
Les Guinéens utilisent essentiellement des langues nigéro-congolaises, telles que le poular (32 %) parlé par les Peuls, le maninka (24 %) parlé par les Malinkés, le soussou (10 %), le guerzé (3,8 %), le kissi (3,5 %), le toma (1,8 %), le dialonké (1,8 %), etc.
Le français est la langue officielle du pays, mais seulement de 15 % à 25 % des Guinéens le pratiquent; dans les campagnes éloignées, cette langue demeure à peu près inconnue. Le français sert de langue véhiculaire entre les ethnies, mais également le poular, le malinké et parfois le soussou. Pour ce qui est de la langue arabe, cette langue n'est employée que par les adeptes du Coran. Au point de vue religieux, les musulmans sont nettement les plus nombreux en Guinée, avec près de 85 % d'adeptes dans la population. On compte 5 % de Guinéens adeptes des religions traditionnelles animistes et 4 % de chrétiens (dont 3 % de catholiques et 1 % de protestants évangéliques).
3 Données historiques
Les Nalous et les Bagas peuplèrent la région dès le VIIIe siècle, et furent rejoints au XIe siècle par les Jalonkés d'origine mandée. Ils furent suivis par les Peuls et les Mandingues, qui arrivèrent entre le XVIe et le XVIIIe siècle, en apportant l'islam. Au XIIe siècle, la région fit partie de l'empire du Ghana et de celui du Mali. Ce dernier connut son apogée au XIVe siècle; il s'étendit du nord et de l'est de la Guinée à Tombouctou (Mali), avant de péricliter au siècle suivant.
3.1 L'arrivée des Européens
En vertu du traité de Tordesillas (1494) qui traçait les limites territoriales entre l'Espagne et le Portugal, le page Alexandre VI Borgia (1431-1503) avait contraint les Espagnols et les Portugais à s'entendre sur le partage du monde: tout ce qui serait découvert à l'ouest du méridien appartiendrait à l'Espagne et à l'est (Brésil et Afrique), au Portugal (voir la carte du traité). En réalité, l'Église catholique avait attribué aux deux puissances péninsulaires, non pas des zones de colonisation, mais des zones d'évangélisation, mais cette distinction ne résista pas longtemps aux appétits impérialistes. En vertu du traité de Tordesillas, l'Afrique devait appartenir aux seuls Portugais, puisque les Espagnols y étaient écartés. Les autres pays de l'Europe, comme la France, la Grande-Bretagne et la Hollande, furent incapables de s'opposer au traité de Tordesillas jusqu'à la fin du XVIe siècle.
Les Portugais furent les premiers Européens, au XVe siècle, à longer les côtes de la Guinée et à entrer en contact avec les populations qui s'y trouvaient. Ils installèrent des comptoirs et pratiquèrent le commerce des épices, de l'huile de palme, l'or, de l'ivoire et... la traite des esclaves. La toponymie conserve encore leur marque (Rio Nuñez, Rio Pongo, Cap Verga, etc.) et plusieurs familles ont hérité de leurs noms (Fernandez, Gomez, etc.). Mais les Portugais entrèrent très tôt en compétition avec les Britanniques et les Français. Ils se trouvèrent rapidement circonscrits dans ce qui est devenu aujourd'hui la Guinée-Bissau. Les Britanniques finirent par se contenter sans trop de difficultés de la Sierra Leone. Puis, en une quarantaine d'années, l'impérialisme français supplanta ses rivaux dans la région en étendant sa zone à partir de la côte maritime en direction du Fouta-Djallon et de la Haute-Guinée. Les autochtones ne connurent d'abord l'écriture que par l'alphabet arabe: une transcription de la langue peule en caractères arabes apparut d'ailleurs au cours du XVIIIe siècle, mais cette arrivée dans le monde de l'écriture fut ralentie sérieusement par l'invasion des forces coloniales.
Le Français Gaspard-Théodore Mollien découvrit la Moyenne-Guinée (Fouta-Djalon) et la ville de Timbo en 1818; pour leur part, l'Anglais Gordon Laing (1826) et le Français René Caillié (1828) atteignirent Tombouctou au Mali. En 1840, l'amiral français Bouet-Willaumez (1808-1871), futur gouverneur du Sénégal, signa les premiers traités avec des chefs locaux de la Guinée. En 1880, le Français Olivier de Sanderval jeta les bases de la colonisation européenne dans la région. Dans les années 1880, l'almamy (souverain) d'origine malinkée, Samory Touré, équipé d'armes modernes, prit le contrôle de l'intérieur du pays. En 1884-1885, suite à un accord entre les puissances coloniales de l'époque (France, Grande-Bretagne, Allemagne et Portugal), la conférence de Berlin reconnut les «droits» de la France sur la région.
3.2 La colonisation française
Le territoire de la Guinée devint une colonie française en 1893 et fut intégré à l'Afrique occidentale française (AOF) en 1893. Mais l'almamy Samory Touré mena une guerre organisée contre l'occupation française sur la côte et dans les massifs montagneux du Sud-Est, jusqu'à ce qu'il fut vaincu en 1898. Fait prisonnier en 1898, il fut déporté au Gabon où il mourut en 1900. Il fut l'un des derniers héros de l'histoire précoloniale du pays. Les résistances à l'occupation française continuèrent et ne cessèrent qu'en 1912, lors de la «pacification» de cette zone érigée en région militaire depuis 1899. Finalement, l'émiettement en multiples chefferies rivales facilita l'emprise française sur le pays. Mais les excès militaires français provoquèrent en 1911 une révolte des Guerzé et des Manons, qui fut réprimée avec une très grande brutalité.
La France imposa un système d'administration coloniale identique à celui appliqué dans les autres territoires africains de son empire colonial. Le français devint la langue de l'Administration. La plupart des documents officiels ne furent pratiquement jamais connus de la part des intéressés, sauf lorsqu'ils furent occasionnellement traduits dans un «dialecte local». Près de 95 % des Guinées ne fréquentaient pas l'école et ignoraient par conséquent le français. Cependant, le français était très répandu auprès de l'élite guinéenne qui n'hésitait pas au besoin à écourter les études coraniques de leurs enfants pour leur faire suivre leurs cours à l'école française.
La mise en valeur du pays demeura le fait des Français, car les autochtones ne fournirent que la main-d'oeuvre à bon marché, notamment dans l'exploitation de la bauxite. Les sociétés françaises monopolisèrent les cultures d'exportation et les multiplièrent. Évidemment, l'exploitation des ressources naturelles s'orienta vers les besoins de la Métropole, ce qui suscita très tôt un syndicalisme très politisé, surtout dans les centres industriels et portuaires, qui se transforma en mouvements contestataires. Pendant les deux guerres mondiales, la Métropole fit largement appel aux soldats guinéens: 36 000 furent mobilisés en 1914-1918 et près de 18 000 en 1939-1945.
La Guinée française devint par la Constitution française du 7 octobre 1946 un «territoire d'outre-mer». À la fin de l'empire colonial français, le taux de scolarisation des «indigènes» restait inférieur à 12 %. Cette situation cachait aussi d'importantes disparités entre les sexes (par exemple, moins de 10 000 filles sur 45 000 enfants scolarisés), les milieux urbains et ruraux (dits «de brousse»), les différents groupes sociaux (fonctionnaires, artisans, ouvriers et manoeuvres, paysans) et religieux (par exemple, écoles coraniques et les écoles privées catholiques), sans parler des régions géographiques. L'enseignement supérieur demeurait inexistant. Puis, inévitablement, une conscience politique anticoloniale se développa pour s'affirmer avec force après la Seconde Guerre mondiale.
